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Histoire et histoires de Pornichet

Histoire et histoires de Pornichet

Patrimoine, personnalités, villas...

Souvenirs de l'Hôtel de la Plage de Sainte-Marguerite

La semaine dernière, nous avons feuilleté les vieux journaux. Cette semaine ce sont les vieux livres que nous feuilletons et parmi eux un ouvrage plutôt confidentiel écrit par le Commandant Fargin-Mayolle : "De Montluçon à la mer - 20 jours à Sainte-Marguerite" édité en 1900 par l'imprimerie Herbin.

 

 Cette ouvrage traité plutôt comme un journal intime raconte les vacances de l'écrivain dans ce petit coin de littoral qu'est Sainte-Marguerite. C'est surtout un formidable témoignage de l'ambiance de cette station en 1900. Jugez plutôt :

 

CPP 0384

 "Je suis rentré, le 20 août, d'un voyage dans les Cévennes et aux gorges du Tarn ; cette excursion en montagnes, par des chaleurs vraiment sénégaliennes m'avait un peu fatigué. Aussi c'est avec plaisir que je prend le repos complet du corps et de l'esprit tout en savourant le calme de la vie de famille. Je n'ai pas longtemps à jouir de cette douce tranquillité, car nous devons partir le 25 août pour aller à la mer. Impossible de partir plus tôt, à cause de mon excursion aux Cévennes d'abord et puis l'hôtel de la Plage de Sainte-Marguerite, où nous devons aller est bondé de baigneurs et ne doit se vider qu'à la fin du mois. Donc le 25 août, à 5 heures du matin, lever général, les enfants ne se font pas prier : ce voyage à la mer les transporte. Je m'occupe de ne rien oublier ; ce qu'il faut à la mer, c'est du linge, beaucoup de linge, car on ne doit pas compter sur les blanchisseuses.(…)

 

25 août

A 21 heures 10 exactement nous arrivons à Pornichet, enfin ! Depuis 5 heures du matin nous sommes en route et nous descendons du wagon avec un véritable soulagement; les enfants ont très bien supporté ce long voyage; l'omnibus de l'hôtel Sainte-Marguerite nous emmène en 20 minutes, 5 kilomètres environ. Nous nous empressons de nous coucher et nous nous endormons bercés par le bruit rythmé des vagues qui viennent en hurlant mourir au pied de l'hôtel.

 

26 août

Un temps magnifique. Vite nous descendons sur la plage, elle est très belle cette plage de Sainte-Marguerite, 1200 mètres environ, encadrée par de beaux rochers ; on peut s'y baigner à toute heure. A marée basse les enfants vont sur les rochers qui sont à découvert pour pêcher la crevette, ce qui amuse beaucoup les papas et les mamans qui se joignent volontiers à eux. Du boulevard qui longe la plage, on a une très belle vue sur l'océan; on aperçoit distinctement la pointe St Gildas et l'embouchure de la Loire. Du reste, à marée basse, l'eau de la Loire n'est pas mélangée et on la distingue très bien. En face de nous, au sud, la Pierre Percée, le phare des Charpentiers qui indique aux bateaux l'entrée de Saint-Nazaire et à l'horizon, Noirmoutier. A notre droite, c'est-à-dire à l'ouest, La Baule, Le Pouliguen, Bourg de Batz et les rochers de Penchâteau ; de nombreux bateaux de pêche sillonnent la mer toutes voiles déployées, des paquebots à vapeur entrent et partent de Saint-Nazaire. Tout cela forme un ensemble merveilleux que l'on ne se lasse pas d'admirer.

A Sainte-Marguerite, pas de gêne ni d'étiquette, mais bien au contraire une liberté, une tranquillité complètes. L'Hôtel de Sainte-Marguerite est au centre de la plage, à cent mètres de la mer, que l'on a constamment sous les yeux, de la terrasse, de la salle à manger, du salon et des chambres ; deux pavillons, un corps de bâtiment, en tout vingt cinq mètres de façade, trois étages, cinquante lits, une terrasse vitrée fort agréable en tout temps. Les touristes trouvent dans cet hôtel tout le confortable et le bien-être qu'ils peuvent désirer à des prix convenables : 12, 10 et 8 fr., tout compris, suivant les étages. Quand on arrive nombreux, en famille, on s'arrange très bien avec M. et Mme Flaegel, les gérants de l'hôtel qui sont très aimables et très complaisants. La clientèle se compose en majorité d'anglais et d'américains ; la vie n'est pas désagréable avec eux : ils ne s'occupent pas de vous, et naturellement on leur offre la réciproque ; on vit les uns près des autres sans chercher à se connaître, comme à Paris : on est plus libre de ses mouvements. Derrière l'hôtel, un bois de pins traversé par la route de Saint-Nazaire à Pornichet. De très jolies villas, presque toutes habitées par des familles , sont bâties dans le bois et sur la route, avec vue sur la mer. Les approvisionnements y sont faciles avec la proximité de Saint-Nazaire (11 km) et de Pornichet (4 km), les fournisseurs viennent tous les jours, avec leurs voitures apporter des provisions.

Après déjeuner, nous retournons à la plage; les enfants avec leurs pelles et leurs seaux, les jambes et les bras nus, la tête couverte d'un large chapeau de paille pour les garantir du soleil, se mettent au travail : ils élèvent un fort qu'ils entourent de fossés, attendant avec anxiété que la marée vienne envahir ce beau travail et le démolir ; puis ils creusent un étang, percent un tunnel, etc., etc., tout, enfin, ce que leur petite intelligence peut imaginer, et cela, sans danger, sans fatigue, en respirant ce bon air salé de la mer. Pendant ce temps-là, leur mère les surveille tout en travaillant et causant avec moi.

Nous avons oublié les fatigues de notre voyage devant ce beau spectacle de la mer sans borne, qu'on ne peut se lasser d'admirer, on reste là des heures entières sans fatigue, sans ennui. (…)

A 5 heures, nous rentrons à l'hôtel nous préparer pour le dîner. Les enfants sont enthousiasmés de cette bonne journée et l'assurance de recommencer demain et les jours suivants les ravit. Ils vont se coucher de bonne heure, nous aussi, car il n'y a ici ni casino, ni jeux, ni musique ; une promenade sur la terrasse après dîner et on s'en va dormir très profondément.

 

27 août

Le soleil qui envahit nos chambres nous invite à nous lever. Encore une belle journée ; après le petit déjeuner du matin que nous prenons sur la terrasse, avec la mer sous nos yeux, nous retournons sur la plage passer notre matinée. Les enfants armés de leurs filets vont pêcher les crevettes. (…)

Aussitôt après le déjeuner nous montons en voiture pour aller à Pornichet prendre à 1 heure, le petit Trait d'Union, chemin de fer Decauville. Nous arrivons à l'heure. Charmant ce petit trajet le long de la mer que l'on va côtoyer pendant 14 kilomètres. En dehors de ses arrêts officiels, le petit train s'arrête très aimablement en cours de route pour prendre les voyageurs qui l'attendent au passage. C'est dimanche, aussi le train est bondé ; mais chacun y met de la complaisance; on se serre un peu plus. En 20 minutes, nous arrivons à La Baule; où le train du Pouliguen se croise avec le nôtre ; ils partent toutes les heures.(…)

Le petit Trait d'Union nous ramène à Pornichet en 50 minutes, et de là, nous rentrons à pied à Sainte-Marguerite en suivant la plage de Bonne-Source. Nous retrouvons avec plaisir notre jolie plage et notre hôtel si coquet et si confortable où nous sommes bien. "

CPP 0388

 

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